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NICE-MATIN Mardi 17 novembre 2000 Grand Cannes La renaissance du funiculaire passe par la volonté de l'Emir Depuis plus de quarante ans, le transport en site propre qui permettait un admirable point de vue panoramique depuis la Californie est à l'abandon. Etat des lieux Pas de risque d'incendie au funiculaire de Montfleury, sur la Californie. L'installation qui a fait les beaux jours du quartier, avant qu'il ne devienne Super Cannes, n'est plus en service, depuis des lustres. Il est cependant permis de rêver et, compte tenu des immenses moyens financiers qui dorment à Cannes, d'envisager d'intéresser un jour prochain quelqu'un à ce dossier. En effet, des voix se sont élevées pour la réouverture de ce funiculaire, qui comporte un attrait touristique indéniable. Mais le dossier se heurte à des difficultés d'urbanisme : l'ancienne gare d'arrivée et une partie du trajet se situent dans une propriété privée. Là, dans les mimosas de l'Observatoire qui surplombait la pointe Croisette, on peut encore apercevoir les débris de la nacelle. L'endroit a fait la joie de quantité d'enfants et de leurs parents pour qui l'Auberge était un but de promenade dominical. Dans son ouvrage "Cannes aux Enchères ", l'ancien commissaire-priseur Alex Baussy raconte que le funiculaire a été construit, en 1927, sur des terrains réunis par une société immobilière, en un seul lot, de la Californie jusqu'à Vallauris !... A l'époque, les lots se vendaient 10 francs le mètre et la société prenait à sa charge l'impôt de 7 % sur la transaction ! Il se souvient : "Après guerre, les gamins de Cannes avaient jeté leur dévolu sur la route en lacets qui gagnait les hauteurs de Cannes depuis Montfleury. Avec des carrioles, munies de roulements à bille, (les ancêtres des skates d'aujourd'hui), ils dévalaient la pente lors de courses mémorables, au risque de croiser quelques automobiles, il est vrai, bien moins nombreuses que de nos jours... Une propriété exceptionnelle Pourrait-on voir une remise en service du funiculaire ? La première des réponses du service de l'urbanisme concerne le droit du sol et l'actuel classement au plan d'occupation des sols de la propriété cadastrée pour une superficie de 2,43 ha située au numéro 12 de l'avenue des Fleurs. Elle appartient à l'Emir d'Abou Dhabi, le Sheikh Khalifa Bin Zayed. Ce domaine, exceptionnel de par sa situation et son emprise au sommet de la Californie, est aujourd'hui divisé en deux parties. Celle dominante, constructible, mais classée en secteur paysager. Ensuite toute la zone des abords, qui concerne directement l'emprise du funiculaire, classée en zone NBC (inconstructible), régie par un classement en zone boisée. De ce fait, depuis la gare de l'avenue de Vallauris jusqu'au sommet de Super Cannes, un train sur site propre - du type de celui que possède Hong Kong et qui reçoit chaque année plusieurs milliers de voyageurs - pourrait à nouveau être remis en œuvre. Il est évident que la législation sur le transport des passagers ayant évolué, les installations actuelles seraient totalement obsolètes. On peut supposer que, lassés de ne pouvoir aboutir dans leurs projets de construction, les propriétaires actuels envisagent, pour obtenir un nouveau permis, sur la partie haute de la propriété, de négocier pour se défaire de la totalité de l'emprise du funiculaire. Ce dossier devrait, c'est l'évidence, franchir un certain nombre d'étapes. Parmi les recommandations inscrites par les élus cannois pour la révision du plan d'occupation des sols, on peut lire que les dossiers déposés doivent prendre en considération le tourisme, et en la matière, du rêve à la réalité, il n'y a qu'un pas... / Propriété du Sheikh Khalifa Bin Zayed / Un permis de construire caduque / Le site du funiculaire classé espace boisé Frédéric JAUBERT. Une propriété à l'abandon L'actuel propriétaire des lieux est le Sheikh Kalifa Bin Zayed Al Nayhan, via une société immobilière dénommée "Large vue Crissier" domiciliée en Suisse, à Genève, représentée par Ali Baaboura. Des relations privilégiées avec la France Anciennement président des Emirats-Unis, l'Emir d'Abou Dhabi s'était intéressé à cette propriété cannoise à l'époque où son pays avait des "relations privilégiées" avec la France. Notamment à propos d'un important contrat-d'armement concernant des chars. Sa propriété, dont on peut aisément croire qu'elle n'est pas la seule de son patrimoine foncier "à l'export", se trouve actuellement sous le coup d'une décision de justice. En date du 5 juillet 1994, le tribunal administratif a annulé le permis, déposé en 1993, et désormais caduque, qui portait sur plus de vingt mille mètres carrés ! A l'époque, les juges avaient estimé que l'unité foncière étant coupée par une voie, l'avenue de l'Estérel, il n'était pas possible d'envisager un permis portant sur l'ensemble du domaine, les deux entités étant à distinguer. Il fallait donc un permis, ne portant que sur la partie haute de la propriété, l'enclave du funiculaire jusqu'au pied de la Californie, étant dans une zone inconstructible, boisée et protégée. Un ascenseur pour accéder à une table d'orientation Dès cet instant, alors qu'un nouveau permis n'a jamais été redéposé, la propriété a été laissée en l'état et actuellement encore, elle porte les stigmates du temps. Squattés régulièrement, les derniers locaux debout - la gare d'arrivée, l'auberge de l'observatoire et l'immense pylône de béton qui abritait aussi un ascenseur conduisant à une table d'orientation - sont livrés aux tags et aux vandales. Aujourd'hui, du fait de cette situation, et dans l'attente de voir renaître un jour prochain le funiculaire du Montfleury, les nostalgiques se reporteront aux photos de l'époque. On en reparlera encore, dans les écrits (à paraître prochainement) du cannois Alex Baussy qui devrait concerner la petite histoire du Cannes du XIXe siècle, celle, selon ses propres propos, "qui mérite qu'on s'en souvienne"...
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